dimanche 7 avril 2013

Napoléone de Montholon, de Sainte-Hélène à Farges

Ancien collègue aux Archives départementales de l'Ain, actuellement au musée de l'Empéri, président de l'association SEHRI, Société d'Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales, (www.empireetrevolution.fr/) et également mon parrain à la Société d'Emulation de l'Ain (http://societe-d-emulation-de-l-ain.over-blog.com/), Jérôme Croyet me fit part d'une recherche l'intéressant, d'après plusieurs actes trouvés dans le cadre de sa profession, et notamment l'acte de naissance sur l'île de Sainte-Hélène de Napoléone-Marie-Hélène-Charlotte de Montholon, le 18 juin 1816.

Le château de Farges

Ce personnage particulier était l'acheteuse, le 24 mai 1853, d'immeubles à Farges, Collonges et Pougny, à quelques kilomètres de la frontière suisse, comme en témoignent les tables des acquisitions et des ventes, disponibles aux Archives départementales de l'Ain. Parmi ces immeubles achetés à Alfred-Vincent de Lormet et à Aimé et Pierre Branchud pour un total de 72 028 francs, figurait un château datant du XIVe siècle : le château de Farges.

Carte postale de Lucien Michaux sur laquelle figure le château de Farges. (AD Ain. 5 Fi 158)
Mais qui était cette personne dont le rapport avec l'Ain n'était qu'éloigné ? Retour sur son destin, à travers celui de sa famille...

Les sieurs de Montholon : de Jacques à Etienne

Blason des Montholon

Généalogie des premiers descendants de Jacques de Montholon













Le plus ancien ancêtre de la maison de Montholon était Jacques de Montholon, vivant au XIIIe siècle, vraisemblablement dans l'actuelle Saône-et-Loire, vers Autun, où se situe un hameau appelé Montholon. Parmi ses descendants, il est à noter que Tristan de Montholon a été tué lors de la bataille d'Azincourt (1415).

D'Etienne à Jérôme de Montholon : l'entrée de la maison dans le monde de la Justice

Généalogie des premiers descendants d'Etienne de Montholon
Etienne de Montholon (1441-1462), malgré son décès à 21 ans, contracta deux mariages : l'un avec Perrette de Marcilly, l'autre avec Marie de Ganay, tante du chancelier Jean de Ganay et soeur de l'évêque de Cahors puis d'Orléans Germain de Ganay.

De ses deux enfants, Nicolas II de Montholon (décédé en 1496) était celui qui faisait entrer les Montholon dans le monde de la Justice en devenant lieutenant général au bailliage d'Autun, en Bourgogne (tribunal de premiière instance), puis avocat du Roi et procureur général au très réputé Parlement de Dijon, celui-là qui aura sous son ressort les territoires de Bresse, Bugey et Valromey. Sa première charge semblait avoir été obtenue de par son premier mariage, avec Jeanne Chapée, fille d'un autre lieutenant général du même bailliage.

Ses cinq enfants avaient tous une place importante dans la justice mais aussi dans la religion. Ainsi se retrouvaient Nicolas (lieutenant général au bailliage d'Autun dès 1522), Lazare (conseiller au Parlement de Dijon), Guillaume (décédé en 1504, avocat général au Parlement de Dijon, dont les deux fils, Guillaume et Nicolas, seront présidents du Parlement de Dijon), Jean (cardinal et chanoine de l'abbaye Saint-Victor de Paris) et François.

Ce dernier, François Ier de Montholon (v. 1480-1543), seigneur du Vivier, d'Aubervilliers et de Gaillonnet, surnommé "L'Aristide Français" (en honneur au magistrat grec Aristide), était un justicier réputé. Après avoir été un brillant avocat, défendant le Connétable de Bourbon dans un procès contre Louise de Savoie, mère du roi François Ier, en 1521, il devenait président du Parlement de Paris puis, de 1542 à 1543, garde des Sceaux de France.

De ses unions avec Jeanne Berthoul (1514) et Marie Boudet (1524), il eut sept enfants, parmi lesquels le réputé François II de Montholon (v. 1528-1590, avocat au Parlement de Paris, chancelier de France et garde des Sceaux de France (1588-1589)), qui fit une lignée, celle des seigneurs du Vivier et d'Aubervilliers, qui donnera de nombreux membres du Parlement de Paris.

De Jérôme à Mathieu Ier

Généalogie des premiers descendants de Jérôme de Montholon

Le frère de François II, Jérôme de Montholon (décédé en 1618), était seigneur de Perrousseaux et de Cuterelles, intendant à Orléans et conseiller au Parlement de Paris. De par son mariage en 1565 avec Marguerite, fille du lieutenant criminel au Châtelet Thomas de Bragelongne, il eut trois enfants dont Jérôme (maître d'hôtel de la Reine, qui fit sa propre lignée) et Guillaume.

Celui-ci, décédé en 1607, était conseiller au Parlement de Paris, et l'époux de la fille du contrôleur du Trésor, Madeleine Le Moine.

Son premier fils, Jérôme (1603-1680), maître des comptes, fit branche. Son cadet, Guillaume de Montholon (1607-1669), seigneur de Cuterelles, était substitut du procureur général. De son épouse Françoise Bonnard, fille de l'intendant des meubles de la Couronne, il eut sept enfants dont quatre religieuses et Mathieu Ier de Montholon.

De Mathieu Ier à Mathieu IV


Généalogie des premiers descendants de Mathieu Ier de Montholon

Mathieu Ier (1643-1720) était président du Parlement de Metz, qui, dès sa création, accueillait les anciens membres de l'éphémère Cour souveraine de Bresse. Il eut de Marie Ravière sept enfants dont trois religieuses, un prieur, deux membres de la Marine (François, inspecteur général de la Marine à Saint-Domingue, et Pierre, enseigne de vaisseau). Leur frère, Mathieu II (1684-1765), devenait président au Parlement de Pau.

Son propre fils, Mathieu III de Montholon (1715-1789) était, comme son grand-père, président du Parlement de Metz. Il n'avait qu'un seul enfant : Mathieu IV.

Depuis Mathieu IV : l'arrière-grand-père de Napoléone

Généalogie des premiers descendants de Mathieu IV de Montholon




Mathieu IV, surnommé "Le Marquis", était marquis de Montholon et comte de Lée. Il meurt prématurément, avant son propre père, en 1788, laissant cinq enfants qu'il eut d'Angélique-Aimée de Rostaing.

Celle-ci se remarie avec le sénateur Charles-Louis Huguet de Montaran (1759-1839), marquis de Sémonville, qui adoptait alors les enfants de sa nouvelle épouse. Ceux-ci, en échange, adoptaient quelques fois le nom de Montholon-Sémonville.

Parmi ces enfants se trouvaient plusieurs destins particuliers. Ainsi, Félicité-Françoise de Montholon-Sémonville (1780-1804) était l'épouse éphémère du fameux général bressan Barthélémy-Catherine Joubert (1769-1799) puis celle du maréchal Etienne MacDonaldde Clarendal de Tarente (1765-1840). 

Le benjamin de cette fratrie était Louis-Désiré de Montholon-Sémonville (1785-1863), marquis de Montholon-Sémonville, prince d'Umbriano, comte de San Michele et chevalier de Malte en 1837, qui fit branche.

Le personnage qui nous intéresse désormais est l'un de ces frères : Charles-Tristan de Montholon-Sémonville.

Le père de Napoléone : Charles-Tristan

Le général-comte C.T. de Montholon (1783-1853), par Edouard Pingret, vers 1840. Musée de l'Armée
Charles-Tristan de Montholon-Sémonville (1783-1853) était comte de Sémonville et marquis de Montholon. Sa trace dans l'Histoire était particulière et sera ici résumée.

Aide de camp du général MacDonald, son beau-frère, puis ministre plénipotentiaire auprès du grand-duc de Wurtemberg, frère de Napoléon Ier, Charles-Tristan fut disgracié en 1812 pour avoir épousé une divorcée. Néanmoins, lorsque Napoléon Ier fut exilé sur l'île de Sainte-Hélène, il faisait partie des quatres personnes chargées de le suivre, à la surprise générale. L'une des possibles raisons serait que Sémonville voulait placer ses deux fils adoptifs, l'un auprès du roi Louis XVIII, l'autre auprès de l'Empereur déchu, afin de parer à toute éventualité.

Accompagné de son épouse Albine de Vassal (1779-1848) et de ses trois enfants Tristan-Napoléon (1809-1831), Napoléon-Charles-Tristan (né en 1810) et Charles-François-Frédéric (1814-1886), il devenait rapidement l'interlocuteur du gouverneur de l'île, Hudson Lowe.

Montholon était aussi célèbre pour avoir fermé les yeux de l'Empereur à Sainte-Hélène et d'en avoir été son exécuteur testamentaire et son principal héritier, recevant ainsi plus de 2 millions de francs. Cet héritage fut dilapidé en quelques années à son retour en Europe, d'abord en Suisse, à Berne.

Charles-Tristan de Montholon : d'un Bonaparte à un autre

Montholon se rapprochait rapidement du neveu de l'Empereur, Louis-Napoléon, et participe à sa propagande pour un retour des Bonaparte au pouvoir. Dès décembre 1840, les deux hommes sont emprisonnés au fort de Ham, jusqu'en 1846. A partir de ce moment-là, ils partagent une passion commune : Caroline O'Hara, qu'il épouse dès la mort d'Albine, en 1848. Cette année-là, son ami devient président de la République. En 1852, après un coup d'Etat, il est fait empereur sous le nom de Napoléon III.

Charles-Tristan ne pourra que servir rapidement son ami, décédant en août 1853, laissant comme témoignage les Récits de la captivité de l'Empereur Napoléon à Sainte-Hélène (1846). Son corps rejoint le caveau familial situé à Bouray-sur-Juine, dans l'Essonne.

Albine de Vassal et deux naissances controversées à Sainte-Hélène

Dès son arrivée sur l'île, Albine intéressait rapidement l'Empereur, qui en fit sa maîtresse.

Portrait d'Albine de Vassal

Le 18 juin 1816, elle donnait naissance à Napoléone-Marie-Hélène-Charlotte, qui nous intéresse. Puis le 26 janvier 1818, c'était au tour de Marie-Caroline-Julie-Elisabeth. Les témoignages insinuaient de fortes ressemblances avec l'Empereur. Le doute est semé et reste encore présent.

Toujours est-il que l'Empereur la nommait messagère en 1819 et l'envoyait ainsi, avec ses enfants, sur le continent européen pour ces missions qui seront malgré tout un échec. Sa seconde fille, née en 1818, décède à Bruxelles en septembre 1819.

En 1829, face aux dettes cumulées et aux infidélités, Albine demandait la séparation (le divorce étant supprimé depuis 1816) avec son époux.

Napoléone de Montholon

Napoléone était donc la fille supposée de l'Empereur. De retour en Europe à l'âge de 3 ans, elle épouse en 1837 le vicomte Charles-Raoul du Couédic de Kergoualer (1806-1844), lieutenant de vaisseau, et s'installe dans le sud de la France, près de Toulon. Elle en a trois enfants : Charles-Raoul-Napoléon-Tristan-Florian (né en 1838), Napoléone (née en 1842, qui épouse en 1861 à Farges Raymond Battant de Pommerol) et Jérôme-Napoléon-Marie-Edouard (1844-1870). Mais en 1844, son époux décédait brusquement.

Elle se remariait le 26 février 1846 à Paris avec le comte Léonard-Léonce de Bonfils de Lablénie de Lapeyrouse (1808-1895), également lieutenant de vaisseau. Ils ont alors sept enfants :
-Marie-Fernande-Théodule-Adélaïde (1847-1872), épouse d'un Pacoret de Saint-Bon,
-Marie-Maxime-Jean-Léonce-Ferdinand, époux de Roseline de Villeneuve-Flayosc,
-Henri (1848-1850),
-Marie-Renée-Napoléone-Clément-Albine-Faustine-Philomène (née en 1852), épouse du comte Chighizoli Vicini puis du marquis Henri-Léonce de Villeneuve-Flayosc,
-Amblard (né en 1853), qui sera maire de Farges de 1888 à 1890, époux de Elizando-Maria-Augénia-Fidélia de Andicona Goitia,
-Marin (né en 1855),
-Marie-Gabriel-Jacques-André-Léonce (né en 1860).

D'après les lieux de naissance de ses enfants, les époux Lapeyrouse devaient vivre à Besançon, dans le Doubs, avant de s'installer vers 1856 à Farges, où se mariera leur fille Napoléone en 1861 et où décédera leur fils Jérôme en 1870.

Napoléone comptait parmi les proches de l'ami de son père, Napoléon III, officieusement son cousin germain. Il faut noter également que deux des frères de Napoléone avaient des charges politiques importantes lors du Second Empire : Charles-François-Frédéric de Montholon-Sémonville (1814-1886) devenait sénateur en 1870 et ambassadeur de France aux Etats-Unis, tandis que Charles-Tristan (1843-1899), fils de Caroline O'Hara, devenait ambassadeur de France à Berne et épousait la fille du sénateur italien Fé d'Ostiani.

En 1898, Napoléone décidait de rendre hommage à sa mère pour le cinquantième anniversaire de son décès en la faisant exhumer (ayant été embaumée à sa mort). Depuis cette année-là, son corps est exposé dans un sarcophage au couvercle de verre dans la crypte de l'église des Pénitents Bleus de Montpellier.

Napoléone de Montholon décédait en 1907 à Aix-en-Provence, après avoir vendu le château au début du XXe siècle. Il est depuis devenu un hôtel-restaurant. Ironie de l'histoire : le père supposé de Napoléone, l'Empereur Napoléon Ier, y aurait dormi.

SOURCES

Archives Nationales. Fonds des familles Montholon et Sémonville. Cote inconnue du fait de la maintenance du site internet.

BIBLIOGRAPHIE

MACE Jacques. L'honneur retrouvé du général de Montholon, de Napoléon Ier à Napoléon III. Paris, Christian, 2000.

MORERI Louis. Grand dictionnaire historique. 1759.





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